Retraites : comparer avant de réformer

A l’approche de la fin de la consultation publique lancée par le gouvernement sur la question des retraites, il importe d’avoir les idées claires. Et pour cela, rien de mieux que de comparer notre système de retraites aux situations de nos voisins.

Un constat majeur s’impose : les dépenses publiques au titre des retraites sont très élevées en France. Nous y avons consacré en 2016 15% du PIB (vieillesse et survivants), soit 2,5 points de plus que la moyenne de la zone euro et quasiment 4 points de plus qu’en Allemagne. Des écarts qui correspondent respectivement à environ 55 et 85 milliards d’euros par an à l’échelle de notre pays : de quoi avoir un impact majeur sur nos finances publiques. C’est d’autant plus spectaculaire que la France peut pourtant compter sur une démographie moins défavorable en la matière, avec une population un peu plus jeune que chez nombre de ses voisins. Les plus de 65 ans représentent ainsi 33,3% de la population des 20-64 ans en France contre 34,8% en Allemagne et 37,8% en Italie.

Premier élément qui amène à ce haut niveau de dépenses publiques, une espérance de vie à la retraite record. Selon les dernières données disponibles de l’OCDE, la France est sur la plus haute marche avec 27,6 ans pour les femmes et 23,6 ans pour les hommes, contre des moyennes respectives de 22,5 et 18,1 années dans les pays de l’organisation. Avec un pays comme la Corée du Sud, l’écart dépasse même les 10 années d’espérance de vie en retraite ! Une différence qui vient bien entendu d’un départ effectif en retraite beaucoup plus précoce en France qu’ailleurs.

Deuxième raison de notre situation spécifique, un revenu relatif des Français de plus de 65 ans qui n’a pas d’équivalent à l’étranger. Il est même supérieur au revenu moyen de la population, représentant 103,4% de ce dernier en 2014, contre 88,5% en Allemagne et 87,6% en moyenne dans l’OCDE.

Troisième facteur essentiel, une très faible part de nos retraites s’appuie sur des mécanismes en capitalisation. Dans la nomenclature de l’OCDE, les actifs des fonds de pension représentaient en 2016 0,6% du PIB en France, 6,8% en Allemagne, 95% au Royaume-Uni, 127% en Suisse et 180% aux Pays-Bas… Nous finançons en fait la quasi-totalité de nos retraites en répartition avec des cotisations obligatoires sur les revenus des actifs et sur les entreprises. C’est une différence majeure avec les pays qui laissent une large part de la préparation de la retraite aux choix d’épargne des individus ou aux régimes facultatifs d’entreprise.

La France se distingue ainsi par un système qui pèse lourd en dépenses publiques et donc en prélèvements obligatoires, reposant en quasi-totalité sur la répartition et les mécanismes publics, avec des retraites plus longues et des pensions plus généreuses par rapport aux revenus d’activité.

Au-delà des objectifs déjà affichés par la réforme en projet, comme le rapprochement des régimes existants et leur simplification, il pourrait être envisagé d’intégrer le principe d’une convergence européenne dans la création de notre nouveau dispositif universel. Pour cela, le gouvernement dispose de trois axes naturels : diminuer le niveau de revenu moyen en phase de retraite, partir plus tard à la retraite et développer la capitalisation. Si on exclut le premier axe sur lequel aucun gouvernement ne se risquerait, ces mesures présenteraient des externalités positives qui dépassent d’ailleurs le seul objectif de normalisation de nos choix en matière de retraite. Un âge de départ plus élevé à la retraite, c’est une hausse du taux d’emploi de la population et donc une augmentation de la croissance potentielle. Développer la capitalisation, c’est aussi se donner les moyens d’une épargne retraite française abondante pour financer nos entreprises.

A l’aune des constats factuels et des comparaisons internationales, la bonne réforme des retraites pour la France serait tout simplement une réforme responsable et européenne.

Article cosigné avec Christophe Eberlé et publié dans Les Echos le 27 septembre 2018