Pour un Medef résolument libéral

Nous portons un projet résolument libéral pour transformer ce que fait le Medef et ce qu’il est. Au lieu de défendre des prérogatives, des structures et des financements d’un autre âge, nous voulons partout redonner le rôle essentiel à l’entreprise. Qu’elle puisse choisir son modèle de développement, sa protection sociale, son organisation du travail au lieu d’être contrainte par le paritarisme et les accords collectifs.

 

Quelques vieux préjugés antilibéraux ont pourtant encore la vie dure au sein du « patronat ». La volonté corporatiste, d’abord, qui conduit à se défier de la concurrence et de la liberté d’entreprendre en privilégiant des contraintes pour tous. C’est le cas de bien des conventions collectives, qui viennent ajouter des obligations à une loi qui n’est déjà pas légère. C’est le cas aussi de mutualisations plus ou moins implicites où les entreprises ne sont pas confrontées à leurs risques mais où certaines subventionnent le modèle économique des autres.

 

Cette tentation peut aussi prendre le visage du paternalisme. Au nom d’une pratique qu’on estime vertueuse pour soi, on en vient à vouloir l’imposer à tous, y compris par la loi ! C’est exactement ce dont témoigne le débat sur l’objet social de l’entreprise, mais c’est vrai plus généralement sur les thèmes de la RSE ou de la gouvernance. Ceux qui veulent apparaître les meilleurs élèves font du zèle et souvent la leçon aux autres, jusqu’à militer pour les contraindre. Là où ils devraient, s’ils en étaient vraiment convaincus, se féliciter discrètement de leur avantage comparatif.

 

Le réflexe chauviniste, ensuite. On continue de se méfier de « l’étranger », comme si le monde d’aujourd’hui pouvait encore vraiment attribuer une nationalité aux grandes entreprises. La priorité est pour nous la compétitivité du site France, qui devrait être l’obsession de nos gouvernants. Renforcer par tous les moyens l’envie de produire, de s’établir, d’embaucher en France. C’est bien plus important que de savoir si, transitoirement, nos performances viennent plus de capitaux étrangers que français : mieux vaut être l’Irlande que la Grèce ! Et si on veut favoriser le capitalisme français, il faut agir en cohérence plutôt que se lamenter, en commençant par réformer nos retraites pour faire une large place à la capitalisation, comme nous le proposons. Le pire serait de nous replier sur nous-mêmes, alors qu’il nous faut au contraire être ouverts et conquérants.

 

La tentation de la subvention, également. Celle-ci n’est pas la plus coupable, car elle répond en fait à une situation globale de surtaxation généralisée des facteurs de production en France par rapport aux autres pays. Néanmoins, il faut là aussi faire preuve de cohérence : on ne peut pas demander à l’Etat de dépenser moins s’il s’agit de réclamer en même temps des aides publiques. La seule approche valable est donc d’obtenir une réduction générale de la pression fiscalo-sociale sur les entreprises, compensée par la baisse de la dépense publique et des contreparties de la protection sociale obligatoire. Ce qu’ont fait tous nos voisins.

 

Enfin, le repli sur nos prébendes. C’est le plus consternant : vouloir sauver des mandats, des financements, des colifichets pour nos organisations et leurs représentants plutôt que de se préoccuper des entreprises. On trouve encore ces résistances dans le paritarisme, là où il arrive que le Medef et ses homologues soient atteints du syndrome de Stockholm au point de préférer l’immobilisme à l’intérêt de leurs mandants.

 

Si le Medef n’est pas résolument libéral, alors il ne servira pas l’intérêt des entreprises de France et ne les aidera pas à répondre aux défis considérables de notre époque. Et accessoirement, il mourra.

 

Article publié avec Vincent Charpin dans l’Opinion le 22 avril 2018